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L’express - Requiem pour les cerfs

jeudi 26 septembre 2019, par webmestre

Avec Les Grands Cerfs, la romancière-plasticienne Claudie Hunzinger se fait la porte-parole de la forêt vosgienne et de ses occupants à ramures.

Elle vivait au milieu de ses cousins, mais ne le savait pas. Il y a un demi-siècle, Claudie Hunzinger s’est installée avec ses brebis dans une ferme isolée sur un promontoire des Vosges alsaciennes. Il y a 3 ans, la romancière-plasticienne a compris qu’elle partageait ces hautes terres avec un clan de grands cerfs et s’est prise de passion pour ceux qu’elle considère désormais comme ses cousins à ramures. Elle en a tiré un roman âpre et dense comme un bois de vieux mâle. Consécration, ses Grands Cerfs vosgiens se sont déjà invités sur les listes très parisiennes de quatre prix littéraires (Médicis, Femina, Décembre, Wepler).

« J’ai encore entendu un jeune cerf bâiller non loin de la maison hier, confie Claudie Hunzinger au téléphone depuis sa ferme. Bientôt, ceserontles véritables opéras de voix du brame. En fait, ce clan est arrivé ici en même temps que moi, il y a cinquante ans. Aujourd’hui, comme les papillons, ils risquent d’être victimes de la sixième extinction des espèces. » Il y a trois ans, elle décide d’observer ces animaux furtifs de 125 kilos qui marchent plus silencieusement qu’un hérisson. Attend à l’affût sous des filets de camouflage dans le froid et la neige dans l’espoir de voir apparaître l’une de ces ramures de chefindien. Note la progression de la repousse des bois, qui peut aller jusqu’à 1 centimètre en une nuit. Donne des noms à chacun d’eux - Merlin, Arador, Geronimo...

Alors, elle qui s’est fait connaître avec ses spectaculaires bibliothèques sculptées, igantesques tableaux composés de parchemins cendrés, décide de prendre la plume. « J’ai vécu des décennies en retrait, mais je sens que je dois main tenant devenir la porte-parole de la forêt et des cerfs. Je me vois comme une activiste littéraire », explique-t-elle. Loin de toute vision disneyenne, son « roman du réel » décrit magnifiquement la pousse des bois, les velours, les mues, les amours effrayantes dans la souille, les coups violents contre les pins et tout cet univers ancestral de ronce set de fougères. « Mon livre poussait en même temps que leurs bois, avec, comme eux, des bifurcations inattendues », s’amuse-t-elle.

Mais Les Grands Cerfs est aussi un livre de combat, une sorte de parabole vosgienne de ce qui se passe à l’échelle de la planète. Claudie Hunzinger raconte son désespoir lorsqu’elle découvre l’un de « ses » cerfs abattu par un chasseur. « L’Office national des forêts exige des chasseurs que soit tué un nombre défini d’animaux chaque année. Cela menace les ancêtres du clan, ceux qui transmettent la mémoire aux plus jeunes », déplore-t-elle. Entre l’artiste et ces préda teurs humains à gros pick-up noirs, on sent comme une sourde lutte des classes, même si la romancière se garde de toute vision trop manichéenne. Aux balles des chasseurs elle oppose ses mots. Ils font mouche chaque fois.

J. D.

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